HARVARD UNIVERSITY

LIBRARY OF THE MUSEUM OF COMPARATIVE ZOÔLOGY

GIFT OF THOMAS BARBOUR

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ICHTHYOLOGIE

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HISTOIRE NATURELLE

DES POISSONS.

PREMIERE PARTI E,

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INTRODUCTION.

Vje n'est pas pour les savans seuls que j'ai com- posé cet ouvrage; j'ai songé en même tems à l'in- struction de ceux qui s'appliquent à l'économie rurale. Il est donc nécessaire, avant que d'en- trer en matière, de donner une explication des terniCb de l'art, de déterminer l'usage des diffé- rantes parties du corps des poissons, de nommer les instrumens qu'on emploie pour la pèche; enfm, d'enseigner les moyens généraux et les précautions nécessaires pour transplanter et aug- menter les poissons.

Comme je me borne aux poissons dont je puis donner les ligures enluminées d'après nature, je ne crois pas devoir me soumettre ici exactement a l'ordre sys,fématique de iJnné. Je tacherai cepen-

VI INTRODUCTION.

dant de mV conformer autant qu'il me sera possi- ble, et je ferai en sorte de n'interrompre ni les genres ni les classes. Cependant comme je me propose aussi de considérer les poissons relative- ment à leur utilité pour les besoins de la vie, je commencerai par ceux qui sont les plus communs dans nos contrées et qu'on peut transplanter avec plus de facilité. Je prends le mot poisson selon le sens que l'usage y attache, et j'entends par -la tous les liabitans des eaux qui se meuvent dans cet élément. 11 s'ensuit de - que je fais entrer dans mon plan les baleines et les amplii- bies nageans de Linné. Cet ouvi'age consiste- ra en six parties dont les quatre premières con- tiendront la description de 26^ poissons représen- tés sur 216 planches que l'on trouvera dans les deux dernières parties. Aussi y trouvera -t- on sur la i9Ul£. pb des figures bien remarquables et intéres- santes du développement des poissons dans l'œuf, et sur la circulation du sang en général.

Ayant eu le bonheur de trouver dans tou- tes les quatre parties du monde des amis qui m'ont envoyé des poissons; de même celui d'avoir eu l'occasion de profiter des dessins faits par le père Plumier et par le Prince Maurice, en Amérique, je me suis trouvé en état de donner plusieurs nouvelles espèces.

INTRODUCTION. Vil

Je commencerai par donner quelques no- lions générales sur le corps des poissons.

Le corps de la plupart des poissons est comprimé, c'est- à- dire, plus haut que large, comme dans le hareng; quelques-uns sont appla- tis ou plus larges que liauts, comme la sole; d'au- tres sont ronds comme l'anguille. La plupart ont au-dessus des mâchoires supérieures deux os connus sous le nom de moustache; qui se joi- gnent au milieu^ et que les poissons peuvc^nt avan- cer et retirer. Chez quelques uns ils sont ca- chés sous les lèvres, comme chez l'es labres qui ont des- lèvres grasses. Chez qaeh|ues-un^ com- me chez le sihire etle goujon on trouve la bouche garnie d'appendices veriuiformes, qu'an nomme cirrhes»

Les poissons n'ont pas proprement des pau- pières ; mais au lieu de paupières, la nature a donné à plusieurs espèces, telles que la lote, une peau qui les remplace, que l'on nomme ; ineinhrane clignotante. Les opercules des oûics sont des deux côtés. Dans les poissons à écailles, ils sont ordinairement com- posés de deux ou trois lames osseuses; et dans d'autres, tel que l'anguille, ils sont membraneux. La membrane des ouïes est composée de rayons osseux ou cartilagineux, et placée à la gueule. Quelquefois elle est entièrement couverte par les

VIII - ITCTRODUCTION.

opercules comme dans les soles; d'autres fois elle ne l'est qu'à moilié, ou enfin elle est totalement decou/erte, comme au scorpion àç mer. Sous ces opercules on trouve à chaque côté, des ouïes qui consistent en un arc osseux ou cartilagineux, et en un double rang de franges, entre lesquels le sang circule dans des vaisseaux très -déliés. C'est par le moyen des ouïes que les poissons respirent. Ils attirent l'eau par la bouche et ferment un même tems l'ouverture des ouïes. Bientôt après le pois- son ouvTeles opercules, et l'eau en ressort à l'instant de la même manière que l'air sort des pou- mons par la respiration. De cette manière les ouïes sont dans les poissons, relativement à la circulation du sang, ce que les poumons sont dans les autres animaux pour l'inspiration de l'air. Le nombre des ouïes n'est pas toujours le même: la plupart des poissons en a 4. Les Lam- proies en ont 7. Les Raies et les Ftequins en ont 5. Les ouvertures de ces derniers sont étroites et appellées events. Ces évents sont en bas chez les Raies et au côté chez les Requins. La partie située en bas, entre la membrane des ouïes et l'ouverture de la bouche, se nomme menton.

Le poisson n'a point de cou, sa tête est attachée immédiatement au tronc. Le corps de la plupart «des poissons est couvert de petites plaques bril-

f

INTRODUCTIOiSr. IX

lantes de la nature de la corne qu'on nomme écailles. Quelques espèces, telles que le lièv^re marin, le tur]jot et l'esturgeon, ont au lieu d'e- cailles, des protubérances osseuses ou cartilapi- neuses; d'autres sont couverts de boucles comme les épinoches, d'autres enfm ont la peau entière- ment lisse et sans écailles, mais enduite d'une ma- tière visqueuse et gluante; comme le silure. Le tronc comprend la -poitrine y le ventre et la queue, La poitrine est séparée du ventre par une membrane blanche et brillante nommée dia- phragme. On ap-pelle ventre la. partie située en- tre la poitrine et l'anus; le reste du corps est ap- pelle queue.

On désigne sous le nom de côtés, l'espace compris entre le ventre et le dos. On remarque sur les côtés une ligne qui va depuis la tète jus- qu'à la nageoire de la queue, appellée ligne la- térale. Les nageoires prennent leur nom des parties auxquelles elles sont attachées; ainsi l'on dit les nageoires dorsales, pectorales, les nageoi- res du ventre, de l'anus, et de la c|ueue. Les na- geoires dorsales sont tantôt simples comme dans le genre des carpes, tantôt doubles comme celles de la perche, tantôt triples comme celles de la morue. Quelques espèces, comme les saumons, ont une nageoire au dos, qui n'est qu'une mem-

X INTRODUCTION.

brane allongée, qu'on nomme nageoire adipeuse. Les nageoires de la poitrine sont toujours au nombre de deux. Elles sont placées près des ou- vertures des ouïes ; et le poisson s'en sert en guise de rames pour avancer dans l'eau. Dans quelques uns ces membranes sont tellement allongées, que le poisson peut, avec leurs secours, s'en servir com- me de deux ailes, pour se soutenir pendant quel- que tems en l'air; cependant il y en a qui n'en ont point du tout, comme la murène. 11 y a diverses espèces de poissons qui n'ont point de nageoires au ventre ; et par cette raison on les nomme apo- des ou sans pieds, telle est l'anguille. Les na- geoires du ventre sont pourles poissons des espèces ' de pieds dont ils se ser\^ent pour s'appuyer au fond del'eau. Cesnageoires sontsituéessouslapartiein- férieure du corps, mais leurplacen'est pas toujours déterminée. On les trouve tantôt sous le men- ton, tantôt à la poitrine ou au ventre. Dans le pre- mier cas,les poissons se nommentyw^w/a/rej; ce sont l'aigrefin et la lote; dans le second, on les appelle thoracl tiques telles que la perche et l'épinoche; dans le troisième, ils prennent le nom à'abdoini- nnux. On compte entr'autres dans cette dernière classe, le brochet, le saumon et la carpe. La nageoire de l'anus placée entre le ventre et la queue, contribue, avec celle du dos, à tenir le

INTRODUCTION. XI

poisson en équilibre. La nageoire de la queue termine la partie externe du poisson: le poisson s'en serve pour avancer, et diriger ses niouve- mens. La forme de la nageoire de la queue est variable: elle est ou droite ou arrondie ou four- chue, ou elle a la forme de croissant, comme on peut le v^oir à l'espadon, à la brème, à la tanche et au carassin. Toutes ces différences sont autant de marques distinctives qui servent à ranger les pois- sons en classes, en genres et en espèces.

Les nageoires sont formées d'une peau soutenue par plusieurs rayons osseux ou car- tilagineux, et unies au corps par de cer- tains os particuliers. Elles sont traversées par divers muscles au moyen desquels le poisson peut les mouvoir en différens sens. Le nombre des rayons est très- varié et fournit un des princi- paux caractères qui servent à distinguer les espè- ces et les geni'es. Dans quelques - uns ils sont durs et pointus, et dans d'autres mous et pliants.

Les poissons dont les parties les plus solides ne sont que cartilagineuses, comme celles delà lam- proie et du lièvre marin, ont aussi des rayons de la même nature. Outre les nageoires, il y a des pois- sons qui ont des appendices particulières, qui quand elles sont situées à lajpoitrine, prennent le nom de doigts comme dans le rpuget, Il y en a

XII inthoductiox.

d'autres qui ont immédiatement au-dessus des nageoires du ventre, une partie pointue et sépa- rée de la peau, nommée appendice ventrale. Elle sert à soutenir et fortifier la nageoire du ventre.

La conformation des parties intërievues des poissons est différente, à bien des égards, de celle des autres animaux. La langue du poisson est cartilagineuse; et dans quelques espèces voraces, telles que les éperlans et les truites, elle est même garnie de dents ; d'autres n'en ont point du tout; ce qui fait croire que cet organe, chez les poissons, .est plutôt destiné à retenir la nourritu- re qu'à faire éprouver à l'animal le sentiment du goût. Pline a soutenu que les poissons éprou- vent la sensation de l'ouïe; et quoiquil se soit élevé dans la suite plusieurs doutes à ce sujet, la chose paroît cependant assez bien démontrée de nos jours. Quant aux sens de l'odorat et du tou- cher, on n'a jamais douté que les poissons n'en fussent pourvus; quelques-uns même, comme le scorpion marin, poussent un cri quand on les touche.

Le cœur des poissons est triangulaire, n'a qu'une oreillette, et ne forme que du sang froid. Le canal des intestins est le plus souvent court, sur-tout dans les poissons voraces; et dans un grand nombre, l'estomiic n'est point séparé des

IN'J'I\0DUCT10N. XIII

intestins, comme clans les carpes. Le saumon, la perche et plusieurs autres poissons, ont près de l'es- tomac de petits intestins ou appendices, destines à retenir plus lon.a>tems la nourriture dans le corps, ces petits intestins sont par conséquent les princi- paux organes de la nutrition. Le poisson étant un corps compact, il est plus lourd que l'élément dans lequel ilestyjorté: ilresteroitpar conséquent tou- jours au fond, s'il n'étoit pas pourvu d'une vessie qu'il-peut rem j)lir d'air à son gré. En elTet, on remar- que dans les T)oissons un cana], que Ton nomme vésicule aérienne, et qui sert à introduire et à re- jetter l'air. Le poisson peut au'ssi, par le moyen de cette vésicule, (en y introduisant plus ou moins d'air) se rendre, à son gré, plus ou moins pesant que l'eau, ou rester en équilibre a\'ec elle.

Les œufs des poissons sont très -petits en comparaison de ceux des autres animaux: j'en ai vu de la grosseur d'un pois et de celle d'une noi- sette dans les truites, et dans quelques silures. Il n'en est pas de même de la quantité; les poissons surpassent, à cet égard, les autres ani- maux; ils en font tous les ans un très - grand nombre; et j'en ai souvent compté cent mille et plus, dans un poisson qui ne pesoit qu'une livre. On admireici les sages dispensations du Créateur, qui a voulu prévenir parla, et la manière incertaine dont

XIV INTRODUCTION.

les œufs sont fecon(Jes, et les dangers continuels auxquels ils sont exposés, soit par les inondations et les tempêtes, soit par la quantité d'animaux voraces, qui sont avides, et des œufs et des petits. Les œufs des poissons ne sont pas fécondés com- me ceux des autres animaux dans le ventre de la mère: lorsque la femelle les a jettes, le mâle la suit, pour y répandre la liqueur séminale qui sort de ses laites; mais comme il n'y a que la plus petite partie des œufs qui reçoive cette liqueur, la plupart restent stériles. D'ailleurs les poissons jettent leurs œufs sur toutes sortes de corps, qui, souvent portés hors des bords par les tempêtes par l'agitation des vagues, laissent le frai sur le rivage: les œufs et les petits périssent en grande partie quand les eaux se retirent. Un froid subit empêche aussi souvent la femelle de frayer, ou glace le sang dans les petits, nouvellement éclos. Une partie des œufs devient aussi la proie des épi- noches, de l'anguille et des autres poissons vora- ces. Les oiseaux aquatiques même, ne dédaignent pas cette nourriture. Une partie des œufs reste souvent au fond de l'eau sans éclorre, faute de chaleur. En général, on trouve que dans les poissons, les espèces voraces sont non seulement plus nombreuses que parmi les animaux terrestres et les oiseaux, mais qu'elles sont aussi plus avides

INTRODUCTION. XV

et plus insatiables, en ce qu'elles n'épargnent pas même leur propre espèce ; ce que les autres ne font que lorsque la faim les y force. Ajoutez à cela, la quantité de moyens que l'iiomme a ima- ginés pour s'emparer des poissons, et vous con- viendrez, que des animaux exposés à tant de dan- gers, auroient trouvée leur ruine totale depuis longtems, si la prévoyance du Créateur n'eût pré- venu la perte des espèces par la quantité innom- brable d'œufs dont il a fécondé les femelles. Les œufs dans quelques poissons, sont renfermés dans un, et chez la plupart, dans deux espèces de sacs, qu'on nomme ovaires, situés devant la vési- cule aérienne; et l'on voit auprès de l'anus une ouverture particulière, nommée nombril, qui sert à leur passage. La laite du mâle est tou- jours double. Si, dans le tems du frais, on en met sur un morceau de verre, autant qu'on en peut tenir sur la pointe d'ime aiguille, et qu'après l'avoir dé- layé dans une goutte d'eau, on la regarde au mi- croscope, on y découvre une grande quantité de petits corps organiques qui se meuvent. La li- queur séminale sort aussi par le nombril. On trouve plusieurspoissons qui sont vivipares, comme la lo te vivipare (pi. 72), le perce-pierre de llnde (pi. 163), et le gros yeux. Les autres viscères qui concou- rent aussi à la digestion des poissons et à la for-

. XVI lIsTiVODUCTiOi\.

niation du chyle, sont le foie et la vésicule du jQel. Il y a quelque tems que Mr. Guillaume Heuson y a découvert des vaisseaux lymphati- ques. Dans les poissons, l'urine est aussi filtrée par les reins et sort par le nombril. Les parties les plus solides des poissons sont osseuses dans les uns, cartilagineuses dans d'autres. Ils ont à répine du dos plus d'articulations et de vertèbres que les quadrupèdes et les oiseaux. Dans quel- ques-uns, comme dans l'anguille, j'en ai compté jusqu'à 90 ; ce qui ne contribue pas peu à la légè- reté de leurs mouvemens.

Les poissons parviennent à un âge très-avan- cé ; et quand ils sont bien nourris, ils croissent promptement. Les diverses espèces de poissons se plaisent dans des endroits difFérens. Un grand nombre, comme la baleine, restent toujours en pleine mer. Dans le tems du frai, qtielques poissons, comme l'aigrefîn, cherchent les côtes et les rochers; d'autres, comme le saumon, quittent alors la mer, et remontent les lleuves. Il y a quel- ques espèces de poissons qui ne peuvent vivre que dans les eaux douces et coidantes: telles sont les loches etc. ; d'autres ne peuvent souffrir que l'eau des lacs, comme le carassin. La plupart cher- ' client leur nourriture pendant le jour; quelques espèces, comme l'anguille, ne la cherchent que

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INTRODUCTION. XVII

pendant la nuit. Il y a plusieurs espèces de poissons qui vivent dispersées, comme le brochet; il y en a d'autres qui aiment à aller en troupes, sur- tout dans le frai: telles sont les rosses et les brèmes; d'au- tres enfin, comme le hareng et le saumon, entre- prennent des voyages considérables^

Les poissons fesant une grande partie de notre nourriture, ont forme dans tous les tems, une branche de commerce* A cet égard, ils méritent assurément l'attention des économes. Les digues, les chaussées et les autres ouvra»- ges que l'on construit sur les rivières, ne contri- buent pas peu à diminuer le nombre des poissons. D'un autre côté le luxe et l'avidité des riches engloutissent de plus en plus les espèces» Ce- pendant on n'a presque pas encore pensé jusqu'ici à les transporter, pour les faire multiplier dans d'autres contrées. Les poissons qui trouvent tou* jours dans les eaux une température conforme à leur nature, sont bien moins sensibles au chan* gement de climat que les quadrupèdes et les oiseaux*

Que Ton transplante un poisson d'un pays chaud, les eaux ne gèlent jamais, dans un pays froid ou leur surface est couverte de glace; il évi* tera en partie les inconvéniens de ce changement et de la rigueur du climat, en se tenant totijours

XVIll INTRODUCTION.

au fond de l'eau. Toutes les contrées offrent aussi dans certaines saisons, aux poissons, une températu- re assez chaude pour favoriser leurs amours et leurs pontes, et pour faire éclorre heureusement leurs œufs^ Avantage que la nature semble avoir re- fusé aux quadrupèdes et aux oiseaux: c'est ce que Texpérience a suffisamment confirmé. Ainsi les carpes se sont naturalisées en Dannemarck, en Suède, en Hollande et en Angleterre.

Le sterlet s'est accoutumé au climat de la Suède et de la Poméranie; la carpe dorée de la Chine, s'est accommodée des étangs des principales villes de l'Europe. Mais pour réussir dans la trans- plantation des poissons, il faut observer s'ils aiment les eaux courantes ou dormantes, s'ils sont ac- coutumés à un fond de marne, de pierre, de sable, de glaise, ou à un fond couvert d'herbages. En général, toutes les espèces de poissons se plaisent dans des lacs d'une profondeur considérable, il se trouve des sources ou des eaux courantes qui les traversent, et dont le fond est diversifié par du sable, de la glaise et des herbages. Les lacs dont les bords sont élevés, sont moins propres à recevoir de nouveaux poissons que ceux dont le rivage est bas et uni. L'élévation des bords em- pêche les rayons du soleil de porter dans le fond assez de chaleur pour y faire éclorre heureuse-

INTRODUCTION. ' XIX

ment les œufs. Cependant on peut mettre des poissons dans ces sortes de lacs, pourvuqu'on ait soin d'y construire, près des bords, des viviers de planches. Ces sortes de viviers doivent être lar- ges, plats et découverts. Les cloisons des cotés doivent être posées de manière qu'on puisse les ôter après le tems du frai. Le fond et les côtés seront garnis de branchages de sapin, oii les pois- sons pourront se frotter et déposer leurs œufs.

Le tems le plus favorable pour transpor- ter des poissons, est celui ils sont sur le point de frayer. Si l'on veut faire multiplier plusieurs espèces à la fois, il est de la prudence de donner à chacune un réservoir particulier, les pois- sons aient un espace proportionné à leur gros- seur et à leur nombre. Après le frai, on tire les poissoîiis du vivier avec un épervier ou autre filet, et on les met ailleurs. Alors on écarte les bran- chages, afin d'exposer autant qu'il est possible aux rayons du soleil, les œufs fécondés, et de leur procurer la chaleur qui doit les faire éclorre* Cette manière de multiplier les poissons dans de nouvelles eaux, pouvant en produire une quanti- té prodigieuse, au moyen de quelques individus seulement, doit être employée sur-tout à l'égard des poissons rares, ou de ceux que l'on trouve dans des contrées éloignées» Onyréussijroitbienplusfa-

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XX INTRODUCTIOX.

sèment de la manière suivante: Il faut prendre, peu de tems après le frai, des herbages, ou des pierres contre lesquels les poissons ont déposé leur frai, et les transporter dans d'autres eaux pour y éclori'e. Jai fait éclorre de cette inanière plusieurs œufs de poissons dans ma chambre com- me des œufs de carpe de brème etc. Ce ne sont pas seulement les lacs profonds et à bords unis, dans lesquels on peut mettre de nouveaux poissons: les eaux troubles et bourbeuses recevront des sibèles et des tanches. Il faut aussi avoir égard à la saison en transportant des poissons. Le printems et l'automne sont les plus favorables. En Été, la chaleur et les orages qui peuvent sur- venir, font mourrir les poissons. Il faut encore faire attention à l'espèce de poissons qu'on veut transporter. Ceux qui ont la vie dure, comme l'anguille, la brème et la carp-e, n'exigent pas tant de précautions que ceux qui, comme le san- dre, l'éperlan et l'ablette, meurent quelque tems après être sortis de l'eau. Quelques-uns, comme les loches et les truites, ont la vie si foible qu'ils meurent dès que l'eau, dans laquelle on les met, est un peu tranquille. Ainsi il est nécessaire que les vaisseaux dans lesquels on les transporte soient toujours en mouvement, même lorsque la voi- ture qui les porte est arrêtée, et il est fortpru-

INTPlODUCTIOîC. . XXI

dent, dans les grandes chaleurs, de ne voyager que pendant la nuit. Une autre précaution enco- re, est de ne point trop remplir les tonneaux, aiin qu'ils ne se blessent pas la tète lorsqu'ils montent précipitamment vers le haut. Pour transporter environ un quintal de poisson, il faut un tonneau qui contienne au moii^is vingt seaux d'eau.

Dans un Ions; vova2:e, il faut de tems en tems changer l'eau courante, sur- tout lorsqu'on transporte des poissons tels que les truites et les loches, qui sont accoutumées à ces eaux. Aussi faut -il avoir soin en Été de ne remplir les ton- neaux qu'à moitié, parceque dans les grandes chaleurs, ils ont besoin, plus que jamais, d'air frais. En général, il faut, dans toutes les saisons, laisser à l'air une libre entrée dans les vaisseaux. - Ce- pendant en laissant le trou du bondon ouvert, il ftint prendre garde qu'un mouvement trop violent n* ii fasse jaillir l'eau, ou ne lui communique trop d'agitation; car dans ces deux cas les poissons poussés les uns contre les autres, peuvent être blessés et périr. 11 est facile de prévenir la trop grande agitation de l'eau, en mettant dans les tonneaux une couronne de paille, ou quelques petites planches minces. On empêche aussi l'eau de jaillir, en adaptant au trou du bondon un tuyau quarré de bois. Ce tuyau d'environ un

XXII INTRODUCTION.

pied et demi de long, doit Hnir en pointe par le haut, être assujetti au trou du bondon par de pe- tites lattes, et avoir par le haut plusieurs petits trous, afin de laisser à l'air la communication li- bre. D'ailleurs, en prennant les poissons, il faut prendre garde de ne pas les heurter et de ne pas les presser trop fort dans les mains. En général, il vau^ droit mieux, quand l'éloignement n'est pas trop considérable, porter les poissons, que de les voitu- rer. Pour empoissonner, il faut prendre des pois- sons qui soient un peu grands, ou qui soient âgés de trois à quatre ans, et mettre deux mâles pour une femelle. Les poissons d'un an sont encore trop jeunes pour cet usage. Quand on veut trans- planter des poissons voraces, il faut y joindre ceux qui leur servent ordinairement de nourriture; et on préfère, à cet usage, ceux dont on fait peu de cas pour les tables: tels que la rosse, la bordeliè- re et la gibèle. On y met aussi l'éperlan et le goujon, qui se plaisent dans les mêmes eaux que les poissons voraces,

Comnxe il est important à l'économe de connoître les instrumens dont on se sert pour la pêche, nous en traiterons dans la suite en parlant des différentes espèces de poissons* Mais com- me nous n'avons encore aucun livre sur lamaniè- re de pêcher dans l'eau douce, je vais commencer

INTRODUCTION! XXIII

d'en donner ici une idée à mes lecteurs, par une courte description:

Uanguilliere est une espèce de nasse ou pa» nier fait de jonc, d'osier ou d'autres branches fle- xibles , dont les baguettes sont plus ou moins serre'es, selon la grosseur du poisson qu'on veut prendre. Les meuniers placent ordinairement cet instrument au - dessous de l'aiiire du moulin. C'est ainsi qu'ils prennent les anguilles que le courant de l'eau y entraîne.

Le carrelet est une espèce de filet en quarré. Les mailles du milieu sont plus serrées que celles du bord. On le borde d'une petite corde forte et unie. Les quatre coins de ce filet sont atta- chés à des perches courtes et pliantes, de manie- re qu'il forme un creux. On attache ces perches à une autre grande perche, qui sert de manche au iilet. On plonge ce filet dans l'eau; et dès qu'on voit des poissons qui nagent au-dessus, on le relève promptement. Le poisson appercevant le mouvement, plonge vers le fond, se précipite sur le filet, et devient ainsi la proie du pêcheur. Il faut observer que plus la maille de ce filet est grande, plus il est aisé à tirer de l'eau : commo- dité qui n'est pas à négliger; car si le carrelet se tire lentement, les gros poissons sauteront par- dessus. ' ,

XXIV . INTRODUCTION,

Ijccoleret est un grand filet qnî ressemble en tout à la seine, si ce n'est qu'il est ordinairement tiré par des hommes; au lieu que la dernière l'est par des bateaux.

il y a des colerets de différentes espèces qui diffèrent par la grandeur.

Les hameçons dorinans se font de la manière suivante: Prenez une corde longue à proportion de la largeur de la rivière vous voulez pécher j attachez -y de distance en distance, environ de deux pieds chacune, des petites ficelles armées par le bout d'un hameçon long d'un pouce; amor- cez l'hameçon avec des achées, ou de petits pois^ sons; ensuite attachez un des bouts de la corde à un des bords de la rivière vous voulez pécher ; puis après avoir attaché une corde ou un plomb à l'autre bout, lancez- le vers l'autre bord le plus loin que vous pourrez,

Uhanieçon ou ligne est un instrument fort connu, et qui sert plutôt d'amusement aux per- sonnes qui aiment la pêche, que d'instrument pour les pécheurs de profession. C'est une espè- ce de crochet de fer, plus ou moins grand, dont l'extrémité qui soutient l'appât est formée en dard, de manière que s'il arrive au poisson goulu d'avaler l'hameçon avec l'appât qu'on lui présente, les efforts qu'il fait ensuite pour le rejetter, et le

INTRODUCTION. XXV

coup de poignet que donne le pêcheur, ne ser- vent qu'à l'engager dans les chairs. L'autre ex- trémité de l'hameçon est platte, et s'attache à une iicelle ou fil qui pend à une longue perche, qu'on appelle ligne,

Le hnvenet est un filet monté sur deux per- ches croisées de bois léger, qui le font ouvrir et fermer au gré du pécheur. Il se traîne, et n'est chargé ni de plomb, ni d'autre chose lourde, afin qu'on puisse le relever plus facilement. Les per- ches sont tenues ouvertes par une petite traverse, qui s'emboîte à la mortaise d'un bout, et qui est fourchue de l'autre: elle est placée environ à . trois pieds sur la longueur des perches du côté du pécheur, qui pousse cet instrument devant lui. Le reste du sac est amarré sur les côtés de la perche, et fermé d'un petit filet qui retient le poisson. I

La ligne flottante consiste en un hameçon que l'on attache au bout d'une ficelle longue de cinq à six brasses: on attache l'autre bout de la Hcelle à un petit paquet de jonc, afin que la ligne flotte sur l'eau et qu'on puisse la retrouver. Celte ligne se jette le soir, et se lève le matin.

La ligne volante ou turlotte est une espèce de ligne qui se fait de la manière suivante : Il faut avoir un hameçon et un bout de jfil d'archal jau-

XXVI INTRODUCTION.

ne, de la grosseur d'une fine épingle, qu'on plie en deîix, et qu'on tortille de manière qu'il fasse un petit cliaînon, au bout duquel on laissera un petit anneau. A l'égard des deux bouts du fil d'archal qui resteront du chaînon, on doit les attacher à la queue de l'hameçon avec de la soie ou du fil, en sorte que ce qui sera attaché ne des- cende pas plus bas que l'endroit vis- à- vis le cro- chet de riiameçon. Cela fait, il faut faire un cornet d'un gros carton, ou, si Ton veut, de terre à potier, dont le dedans ne soit pas plus large que la grosseur du tuyau d'une grosse plume à écrire, et de la longueur environ du petit doigt; ensuite passer à travers du cornet l'hameçon at- taché au fil d'archal ; puis faire en sorte que toute la queue de l'hameçon, depuis l'endroit vis-à-vis le crochet, et environ delà longueur d'un travers de doigt du chaînon, soit cachée dans le cornet; et emplir le dit cornet de plomb fondu, en te- nant l'hameçon par le bout du chaînon, afin que ce qui doit être enchâssé se trouve dans le milieu et enveloppé également par -tout; après quoi on arrondit les deux extrémités du plomb. L'ha- meçon ainsi accomodé, il faut avoir un fer de la longueur de quatre pouces à peu près, qui soit fait de manière qu'on puisse faire entrer dans la queue le bout d'un bâton de la longueur d'une

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INTRODUCTION. XXVII

canne, et qu'il y ait au bout un petit anneau par lequel il soit aisé de faire passer la ficelle; on tient le bâton de la main droite, et de la gauche le paquet de ficelle,, qu'on détortille autant qu'il est nécessaire pour jetter dans la rivière l'amorce, qu'il faut laisser aller à fond, et la faire sautiller en retirant la ligne par petits bonds. Quelques pécheurs mettent un goujon à cette ligne; d'au- tres se contentent de mettre au-dessus de l'hame- çon une petite plaque de cuivre luisante, qui atti- re le poisson, et ils la fond briller dans l'eau en la tirant de dessus un bateau qui va avec beaucoup de rapidité.

La louve est un filet fait en manière de coffre long et rond, garni.de trois ou quatre cerceaux, un â chaque bout; et l'autre, ou les deux autres, dans le milieu. On y met deux perches, de la longueur du filet, fourchues par les deux bouts, afin d'assujettir les deux cerceaux des extrémités et de les tenir tendues. "Les deux entrées du filet sont ouvertes et garnies d'une espèce de po- che qui va toujours en diminuant. Ces poches sont attachées l'une à l'autre au milieu du filet par des ficelles qui se croisent.

Quand ce filet est tout monté, et qu'on est arrivé à l'endroit de la rivdère l'on veut pêcher, qui doit être pour Tordinaire rempli de joncs ou

XXVIII i]n:ti\oductxon.

autres herbes, on prend une faux ou autre instru- ment seiubîable, pour faucher les herbes oujoncs. Plus l'espace fauche aura d'étendue, plus on aura lieu d'espérer que les poissons viendront dans le fi- let. Cela fait, on prend quatre grosses pierres, qu'on attache aux bâtons de la louve, afin qu'elle aille au fond de l'eau; ensuite on met à ce iilet une corde assez longue, pour qu'elle aboutisse sur le bord de l'eau, on l'attache à un piquet : elle sert à tirer la louve quand le poisson est pris. Ensuite, après avoir mis ]a louve dans l'é- tat ou elle doit être, on prend de ces herbes ou joncs, dont on la couvre, faisant néanmoins en sorte de n'en point mettre à l'entrée du filet; car elles empècheroient le poisson d'y entrer.

La manche est un grand sac, ou verveux sans cercles, monté sur une corde: un côté de l'ouverture est assujetti dans le fond par une pier- re; le côté opposé est attaché à un bateau. Le pécheur fait aller le bateau dans l'eau jusqu'à ce que l'on sente qu'il y a du poisson.

La nasse est une espèce de cage d'osier, qui finit en pointe, au fond de laquelle on met un app'at. On la place au fond de l'eau sur le côté. Vers le milieu, il y a des bouts d'osier mobiles, qui laissent une entrée libre au poisson; mais

INTRODUCTION. XXIX

qui, se réunissant lorsqu'il est entre, l'empèclient de sortir.

Lies parcs sont une sorte de pêcherie parti- culière, qui se fait de la manière suivante: Les pêcheurs forment une grande enceinte, ou parc en fer achevai: le fond en est expose à la mer. A cliaque bout, ils pratiquent un retour en cro- chet d'environ six pieds de long: ce crochet est fait avec des piquets de trois à quatre pieds île hauteur. Au centre, il y a une ouverture de quinze à dix-huit pouces de largeur, qui sert d'is- sue au poisson qui suit les convolutions du retour en crochet, et qui va se rendre à ce cul -de -sac, la marée en se retirant le laisse à sec.

Le retour en crochet est rond ou quaiTe; c'est à la vohDnté du pêcheur. Pour ne pas ten- dre inutilement, les pêcheurs s'assurent si le poisson donne à la côté, par les traits ou fillages qu'il laisse imprimés sur le sable lorsqu'il se reti- re avec la marée.

L'enceinte du crochet, garni de rets de bas- parcs et de piquets, est montée d'une pièce de trente à trente - cinq brasses de chaque côté. Pour la continuer, on se sert de hautes perches de quatorze à quinze pieds, qui suiv^ent immédia- tement les rets de bas -parcs. Le pied des gran- des perches est du côté de la mer: on les penche

XXX INTRODUCTION.

un peu vers la terre; et c'est -dessus que l'on place les rets de jets, qui ont près de trois brasses de haut. Les pêcheurs ne les tendent point de mer basse; ils se contentent de les arrêter seule- ment par le pied sur le bas des perches. Ainsi les jets sont en paquets le long de ces perches : ils sont couverts d'un peu de sable, ainsi que les flottes. Pour les relever à la marée, on a mis au haut de chaque perche une petite poulie, sur la- quelle passe un cordage frappe sur la tête des jets. On a recouvert les filets de sable, afln que le poisson plat passe aisément par dessus lorsqu'il monte dans la baie avec la marée. Les perches qui servent aux rets de jets, sont toujours dans les bassures entre les bancs: l'enceinte se conti- nue en y mettant alternativement des rets de bas- parcs sur les piquets ou penchans. Ces rets ten- dent à demeure; parceque la marée qui survient, les couvre facilement, et laisse passer le poisson sans le gêner: ce qui n'arriveroit pas s'ils étoient tendus sur les hautes perches. Sur celles-ci, ils placent des filets; après ces filets placés sur les hautes perches, ils pratiquent des bas-paixs jus- qu'à ce que l'enceinte soit toute formée, obser- vant que les crochets, ou retours, soient de rets de bas - parcs montés sur leurs petits piquets. Lorsque la marée est siu' le point de s'en retour-

INTRODUCTION. XXXI

ner, les pêcheurs hissent les lignes des poulies, dégagent les jets du sable qui les couvre, et les tiennent élevés à fleur d'eau, tandis qu'ils sont arrêtés au pied des perches, et qu'ils calent par des plombs. Ils restent ainsi tendus jusqu'à ce que la marée se soit retirée. Ces sortes de parcs ne prennent rien qu'au reflux de la marée montante. Le fond, exposé à la mer, est couvert par la dis- tance des perches de jets ; et les crochets des deux bouts regardent la terre.

On prend quelquefois beaucoup de poisson à cette sorte de pêchej sur- tout du poisson rond.

La seine est un filet long de plus de cent brasses, avec des ailes de douze toises. Au fond est mie espèce de sac, ou verveux simple sans goulet et sans cercle, qui est plus Ou moins long suivant la longueur des ailes. La partie destinée à rester sur l'eau est garnie de bois; et l'autre est tirée à fond par le moyen des pierres qui y sont attachées. Lorsque le fond est vaseux, on enve- loppe les pierres dans de la paille, afin qu'elles ne s'enfoncent pas trop avant. Les pêcheurs se mettent ordinairement sur deux batelets pour tirer ce filet: on s'en sert dans les grands lacs pohr pêcher sous la glace.

Le traînait est un filet composé de trois rangs de mailles les unes devant les autres, dont

XXXIl INTRODUCTION.

t

celles de devant et de derrière sont fort lar^res et faites d'une petite ficelle. La toile du milieu, qui s'appelle la nappe, est faite d'un Hl délie: elle s'engage dans les grandes mailles qui en bou- chent l'issue au poisson qui y entre. Il y a des tramails de différentes espèces.

La truhle, qu'on appelle en quelques en- droits étiquette, est un petit filet qui a à peu près la figure d'un grand capuchon à pointe ronde, dont l'ouverture est attachée à un cerceau, ou a quatre bâtons suspendus au bout d'une perche.

ICHTHYOLOGIE,

OU

HISTOIRE NATURELLE

DES POISSONS.

PREMIERE CLASSE.

POISSONS ABDOMINAUX.

Ii;e Genre. CARPE, CYPRINUS.

PREMIERE SECTIOIV.

nés carpes en général.

Les dents dans l'esopliage , la vésicule aérienne dans l'abdomen. Fisces dentibus in œsoplia- go y vesica aè'rea in abdornine,

Cypriuus, Arted. Gen. 3. Barbeau, Goiian, gezi. 47.

Liiin. S. N. gcn. Poissons d'eau douce de la

139- famille des Aloses. Du-

Gron. Zooplî. 103. - iiam. Pèch. II. /i^jq.

Klein. M. P. V. Carp. Penn. B. Z. III. gen. 58. Brama. 61. Mystus.63. ^o.

Leuciscus. 64.

Les dents qui sont placées chez ces poissons au commencement du canal intestinal, et ].i

A

2 DES CARPES

vesiciile aérienne, qu'on trouve dans l'abdomen font les caractères distinctifs de ce genre.

Les poissons compris sous ce genre, sont nommes ordinairement poissons blancs , et carpes par les auteurs systématiques. Ils ont le corps couvert d'écaillés grandes et brillantes. Une partie des poissons de ce genre sont étroits, allongés, et les autres sont larges, courts et minces: ce qui a donné l'idée à quelques ichthyologistes de diviser les carpes en larges et étroites. Les premières ont ordinairement la tête petite, et les autres l'ont grosse. Elles ont sept nageoires, une sur le dos, deux à la poitrine, autant au ventre, une derrière l'anus et une à la queue, La ligne latérale commence «i la nuque. Dans la plupart , elle forme une courbure vers le ventre, et finit au milieu de la nageoire de la queue. L'ouverture des ouïes est large et les opercules sont composées de trois lames osseuses, dont la supérieure est la plus grande. Les narines sont divisées en deux ouvertures particulières par une peau qui les sépare; les ouvertures antérieures sont rondes, et les autres ovales. Dans les gosiei*, il y a de petits os raboteux qui servent au poisson à tenir ferme les corps qu'il veut avaler. Dans résopliage on remarque deux mâchoires garnies de dents, dont nous avons parlé; mais comme ces dents ne sont de la même forme et

XES CARPES. 5

en même nombre dans toutes les espèces de ce genre, j'en parlerai à part dans la descriplion de chaque poisson. Ces poissons n'ont point proprement d'estomac: le canal des intestins commence tout près des dents , il est le plus large, et finit à l'anus. Dans la plupart, ce canal n'a que deux courbures; dans quelques autres il en a trois et même quatre. La vésicule aérieime est blanche, brillante, ronde, et divisée en deux parties de grandeur inégale. Les ovaires sont doubles aussi bien que la laite. Le tems des amours est ordinairement Avril et Mai. Mais tous les poissons de la même espèce ne frayent pas en même tems: les gros frayent plutôt que les petits.

Ces poissons vivent de glaise, d'argile, de craie, de vers, d'insectes, de plantes et de fumJer. (2uelques - uns avalent aussi des petits poissons. Ils mordent ordinairement à l'hameçon. Mais comme ils ne clierclicnt pas tous la même nourriture, il faut avoir égard à leur goût qiïand on pêehe à la ligne, et leur mettre un appât convenable. On prend, par exemple, le vilain avec des pois cuits; l'orphe 'avec un morceau de hareng, et la carpe avec un ver de terre.

La plupart des poissons de ce genre habitent les lacs et les rivières. Quelques-uns, comme la tanche et le carassin, se plaisent aussi dans

Au

^ DES CARPES.

les marais ; quelques - autres , comme la serte et le nase , entreprennent des voyages considéra- bles. Au printems ils sortent de lacs, pour pas- dans les rivières qui y commmiiquent, et reviennent après avoir jette leur frai. .

Ces poissons appartiennent sur -tout aux eaux douces de la partie septentrionale de l'Europe. Voilà pourquoi ils ont été inconnus aux Grecs et aux Romains, à l'exception de la carpe dont parlent Aristote a) et Vline bj, A la vérité, on trouve dans leurs ouvrages les mêmes noms dont se servent les naturalistes pour désigner plusieurs poissons dont nous parlons ici-tels que LeuclscuSj Ballerus et PJioxinus : mais l'obscurité de leurs descriptions ne nous met pas à même de juger s'ils ont compris sous ces noms des poissons du genre des carpes ou de queîqu' autre o;enre.

Ausone au commencement de son poème, parle des poissons de la Moselle: il nomme le barbeau cj , le goujon dj , la tanche ej ^ Va\Ae fjj le céphale £2iy'; Bellon, la rosse /z^, le véron ijy le spirlin /y', la brème IJ, et llondelet la

a) H. A. 1. 2. c. 13. 1.4. /) V. 116. C. Alburnus. c. g. 1. 6. c. 14. 1. g. c. 30. o) V. 6-5. Cepliahis.

h) N. H. 1.32. c. 11. h) Aqu. 318. C.Riitiliis.

c) V. 94. C. Barbus L. ») *~* 3^^* Plioxinus.

d) V. 132. Gobio. k) 515. Leuciscus.